Affinités

Elles réunissent les soignants entre eux et sont causes de préférences cultivées par les milieux de soins. Mais les singularités et les différences y interviennent, tout aussi puissantes et nombreuses, diversifiant les formes de réponses et de comportements.

Ambivalence

Elle consiste à éprouver conjointement deux vécus opposés (désir-crainte, amour-haine, par exemple). Selon la nosologie psychiatrique classique, elle constitue un trait essentiel de la discordance, signe caractéristique de la schizophrénie.

Mais on admet et considère moins l'ambivalence commune, réaction éveillée par la proximité avec la folie : l'attirance ou la fascination qu'elle suscite et, simultanément, le refus à forme d'exclusion ou de volonté normalisatrice qu'elle déclenche, intolérante au trouble personnel qu'elle suscite.

Amour

L’amour ne suffit pas est le titre d’un célèbre ouvrage du psychanalyste Bruno Bettelheim (éditions Armand Colin, 1965). Cette phrase semble simple à première vue mais elle n’est pas si évidente dans la relation à des êtres souffrants, enfants ou adultes. Pour ma part, elle me sert de ligne de conduite et de balise thérapeutique dans ma quête d’une juste distance avec les patients. Je ne peux pas dire que j’aime un patient. Cela n’implique pas que je ne l’aime pas. Je n’entretiens pas de rapports exclusifs ni privilégiés avec un autre, cela n’entraîne pas forcément froideur ni éloignement excessif de ma part. Le plus difficile est de construire avec chaque sujet une relation soignante qu’il puisse accepter et que sois aussi en capacité de vivre avec lui sans me perdre ni me sacrifier, sans emprise sur l’autre non plus.

Arts du soin

Dans les ateliers peinture que j'anime comme artiste intervenante, je ne « fais rien ». A la grande surprise légèrement outrée du groupe de patients qui, à nos débuts ensemble il y a quelques années, m'a demandé si vraiment j'étais payée pour ne rien faire. Maintenant, on sait, eux et moi et l'institution même parfois, que je « fais quelque chose » au sein de ces ateliers. Et ce que je fais pourrait peut-être se dire « art du soin ».

Association

La situation psychanalytique repose sur l'association libre de paroles, d'idées, de fantasmes personnels ouvrant la voie à des points de vue inattendus. Ceux ci peuvent d'ailleurs paraître sans relation logique avec les convictions personnelles conscientes. Laisser le processus associatif se dérouler, sans jugement, le montre créatif. Il confirme l'existence de moyens psychiques intimes, accessibles mais méconnus ou nouveaux. Ceux ci se constituent au présent même de leurs mouvements et de leurs expressions.

Attention

Forme particulière de présence attentive et ouverte à autrui et à l'inattendu. Cette attention perçoit sans juger alors que, face aux manifestations de la folie, juger est une réaction banale qui « raisonne », domine autrui, cherche à le rendre conforme à une « norme » modèle.

Une forme particulière d'attention, dite sans attente contribue à une présence favorisant un contact en « résonance », favorable à des rencontres aux réciprocités possibles.

Le groupe

Présentation

L'origine

Le groupe Corps, Psychose, Psychanalyse s'est constitué autour du refus d'un abandon éthiquement inacceptable pour qui s'engage en psychiatrie, tenant à y faire œuvre de soin.

« Corps, Psychose, Psychanalyse » est un groupe clinique créé en 1981 par quelques soignants d’un service de psychiatrie publique, au 14e secteur de Ville Evrard*, grâce à une entente essentielle entre ces soignants et le médecin chef de ce service, le docteur Guy Baillon. L’un des pavillons de ce 14e secteur était occupé par des patients atteints de troubles psychiques profonds dont la chronicité se trouvait aggravée par les chronicités liées à l'ancienne psychiatrie de type « asilaire ». Les soignants eux mêmes désignaient parfois ces patients comme ceux avec qui « tout » avait été tenté sans amélioration. Ceux avec lesquels il n'y aurait vraiment « rien-à-faire », sinon les soins assurés sur le plan de l'hygiène, la nourriture, les vêtements. Ils se trouvaient ainsi gravement délaissés et privés de contacts tant l'absence de perspectives thérapeutiques et aussi leur état psychique et somatique étaient difficiles à supporter.

C'est dans ce contexte que le groupe Corps, Psychose, Psychanalyse s'est constitué, autour du refus d'un abandon éthiquement inacceptable pour qui s'engage en psychiatrie, tenant à y faire œuvre de soin.

* Il faut, ici, préciser certains aspects des évolutions de la psychiatrie publique au cours de la seconde moitié du vingtième siècle. La politique psychiatrique de secteur a été le choix, en 1972, d'une nouvelle organisation chargée de répondre aux différents besoins psychiques d'une population habitant à l'intérieur de chaque secteur géographiquement déterminé. Lieux d'hospitalisations à plein temps ou à temps partiel, ateliers, centres de consultations pour enfants, adolescents, adultes, équipes de soins et de visites à domicile, appartements thérapeutiques devaient ainsi répondre aux besoins d'accueils et de soins psychiatriques des habitants de chaque secteur. Le Centre Hospitalier Spécialisé de Ville Evrard, lui même ainsi sectorisé, était composé de pavillons ou unités d'hospitalisation à plein temps. Le 14e secteur, celui où s'est constitué le groupe Corps, Psychose, Psychanalyse était, en 1981, composé de plusieurs pavillons. L'un d'entre eux recevait les patients psychotiques évoqués au début de cette présentation.

Approches

Mais comment intervenir lorsque la parole fait défaut ou ne suffit pas à établir un contact ? Comment « prendre soin » de ceux avec qui les relations sont particulièrement difficiles à vivre ? Quelles formes de pratiques et d'attentions développer quand les situations et les relations éprouvent les limites et les identités personnelles ? De telles interrogations s'entretiennent dans ce groupe depuis maintenant plus de 30 ans.

Une ligne directrice s’est d’abord constituée autour d’approches alors dites à médiations corporelles. Des formes d'attentions se sont découvertes, tournées vers les formes de contacts possibles et des remarques concernant les qualités des présences ainsi perçues. Le nom du groupe s'y est ancré, associant de tels intérêts à ceux concernant la psychose et les conceptions psychanalytiques. Hydrothérapie, massages, enveloppements humides en particulier, furent et restent sources de pratiques et de réflexions, entre corps et psychisme. Leurs évolutions ont entraîné des changements d'attitudes soignantes, de gestes, de comportements, lors de relations en quête de mieux-traîtances à découvrir autour de ces patients et avec eux. Autant de développements personnels possibles et de partages, de mises en commun, sources de relances.

« Corps, Psychose, Psychanalyse » aujourd’hui

Depuis sa création, le groupe se réunit une fois par mois. Au fil des années, il s’est élargi à d’autres soignants et d’autres milieux. Il accueille aujourd’hui infirmiers, psychothérapeutes, artistes, étudiants, de milieu psychiatrique et médico-social.

Des rencontres et des colloques organisés, depuis le début,  sont des moments d’échanges concernant les divers « arts et métiers » qui s'entretiennent en psychiatrie. Les différences des formations, des pratiques et des engagements se conjuguent, depuis plus de trente ans, dans un groupe où se témoignent les particularités et les complexités des situations et des relations vécues, en psychiatrie, au quotidien. Les exposer et les partager, sans les juger ou les hiérarchiser, déplace les conceptions, les points de vue et les ordres admis.

Entre pratiques et réflexions, chacun y témoigne de ses savoirs et de ses connaissances. Sans prédominance des unes ou des autres, tenant à ne pas s'éloigner du respect et de la considération que mérite le patient psychotique pour ce qu’il exprime de la condition humaine.

Les colloques, les interventions, les formations ont entraîné des écrits et des publications, souvent dits atypiques ou déplacés par leurs thèmes et leurs formulations. Une certaine langue s'y est découverte, librement cultivée et écrite au cours des trente années écoulées. Le Manuel pratique et poétique à l’usage des soignants et autres curieux est le dernier en date. Ce n'est pas un ouvrage collectif constitué de textes personnels juxtaposés. C'est une expérience de work in progress dont la nature créative est apparue au fur et à mesure de la construction et de la rédaction du Manuel.  Ce dont il tient maintenant à témoigner.

Corps, Psychose, Psychanalyse est aussi, depuis 2002, le nom de l'association loi 1901 dont le siège social est situé à Ville Evrard.

 

Qu’est-ce que «soigner» ?

Très rapidement, nous avons remarqué combien les distinctions établies entre des soins dont certains seraient plus importants, mieux reconnus ou admis comme ayant des valeurs ou des qualités thérapeutiques supérieures à d'autres n'étaient pas à retenir. Pas davantage que les distinctions ou oppositions entre les soins pratiqués. Atténuer les souffrances quotidiennes, apporter un certain « mieux être », favoriser une forme de relation se combinent et prennent des formes diverses. Parfois, il s'agira surtout de « faire acte de présence ». D'« être-là ». La qualité même du soin et de la relation ainsi établies dépend, chaque fois, des capacités à se trouver et se sentir présent, sans recherche de domination ou volonté d'emprise, sans une pitié superflue que les patients ne demandent certes pas.

En psychiatrie le souci ne peut être celui de la « guérison », au sens classique et médical de ce terme. La recherche consiste à instaurer un soin, un contact, une relation vivante des présences humaines qui s'y entretiennent.

 

Quelle relation ?

« Relation » est un terme écarté ou même banni par une psychiatrie officielle soucieuse d'efficacités mesurables, d'économies réalisables, de sécurités voulues aussi radicales que possible… Alors que les lieux d'accueils et de soins ont à charge d'instaurer des relations réellement intersubjectives, de personne à personne, celles-ci étant souvent difficiles à établir.

En tant que « soignants », le mouvement quotidien concerne chaque fois une relation à double sens, dans laquelle s’engage le soignant autant que le patient. Toujours complexe, mouvante, émouvante aussi, suppose de parvenir à vivre au moment présent et oblige à improviser sans cesse.

Vécue comme telle, la relation déplace souvent le soignant vers des limites personnelles, des bords psychiques et/ou physiques bien au-delà de ce à quoi il s’attend. Chaque situation implique et engage tout patient et tout soignant qui la vit, chacun y étant considéré personnellement, en tant qu'être humain.

 

Quelle place pour le soignant ?

Ne pas se tromper de place, de rôle, est loin d'être évident.

Il ne s’agit pas d’instaurer une relation exclusive avec un patient, de se faire aimer de lui. Il ne s'agit pas non plus d'être « un proche » comme pourrait l'évoquer ce terme associée à des relations amicales ou familiales, mais d'établir des ententes nouvelles et « suffisamment bonnes » pour que la relation développe des qualités elles-mêmes sources de confiance et de proximité particulières. La proximité, alors, est celle d'une présence, porteuse de compréhension sans jugement et dépourvue d'intervention moralisatrice.

Être vigilant, en actes comme en pensées, pour éviter toute forme de dépendance ou d’emprise d'un être sur l'autre, sans confusion de rôles, sans violation des vies en présence.

 

Activités

Nos travaux

Le choix de désigner le groupe par la triple association Corps, Psychose, Psychanalyse nous a orienté et nous oriente encore, vers certaines formes de « soins » dits à médiation corporelle en général, et en particulier vers les enveloppements, leur pratique, leurs développements, surtout.

A la recherche d’une meilleure compréhension des circulations et des intrications dont les agencements, entre corps et psychisme, œuvrent à entourer et envelopper les vies humaines, nos réflexions se sont également tournées vers de nombreuses autres approches corporelles telles que les massages, l’hydrothérapie ou encore les moments vécus dans des grottes.

Ces recherches et réflexions sont alimentées par nos pratiques quotidiennes au sein des établissements où les membres du groupe exercent lors de consultations, d'entretiens, de pratiques en ateliers ou de soins proprement dits. Nos réunions mensuelles sont des moments importants d’échanges, entre nous. Ils concernent les relations ainsi vécues avec le patient. De tels moments sont complétés et élargis au travers des nombreux colloques organisés par le groupe.

Ces colloques, ouverts à des soignants d’autres établissements, d’autres lieux et d’autres milieux, sont l’occasion de partager les témoignages sur différentes pratiques, comme ce fut par exemple le cas quand Kuenzi vint présenter son travail en hydrothérapie ou encore lorsque M. C. Vally exposa son travail corporel avec les autistes et les soignants de sourds-aveugles au cours de leurs passages dans des grottes.

Ces colloques ont donnés lieu à de nombreux écrits, la plupart publiés par le revue Le Coq Héron, revue largement diffusée et lue dans les milieux psychiatriques, ainsi que d’autres fascicules édités par les soins de Corps, Psychose, Psychanalyse.

Outre ces publications, nous intervenons également dans différents centres psychiatriques où nous proposons, dans le cadre de la formation permanente, des formations à différents soins à médiation corporelle.

Les contacts établis et les voyages effectués par le groupe, ont permis de nombreuses rencontres en province comme à l'étranger. Signalons en particulier les voyages en Hongrie, pays où la psychiatrie et la psychanalyse ont occupé une place historique particulière, et les interventions diverses à La Clinique de la Chesnaie (dans le cadre de l'Ecole de psychothérapie institutionnelle de la Chesnaie) et à plusieurs reprises à Gap.

Les membres de Corps, Psychose, Psychanalyse soutiennent ou sont engagés, à titre individuel ou collectif, dans des initiatives diverses telles que les collaborations avec des groupes de théâtre, les ateliers d’art, les ateliers de lectures, d'écritures, etc.

Publications


  • Les cris du corps – Le Coq Héron, numéro 107 (maintenant diffusé par les éditions Erès)

  • Les échos du silence – Le Coq Héron, numéros 113 et 114

  • Corps d’enfant, corps d’adulte

  • La régression en question

  • Du côté des thérapeutes - Ouverture à l’inattendu – Le Coq Héron, numéro 165

  • Tenir – Association Corps, Psychose, Psychanalyse

  • La veille – Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2004

  • La place – Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2007

  • Le lieu – Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2010

  • Manuel pratique et poétique à l’usage des soignants et autres curieux – à paraître aux éditions PUF

Les membres du groupe

Claudie Cachard, Psychanalyste, ancien psychiatre du service public. A exercé ses fonctions d'interne et de psychiatre hospitalier dans plusieurs hôpitaux psychiatriques de province et de la région parisienne. A assuré des formations destinées aux soignants travaillant en milieu psychiatrique. Avec quelques uns d'entre eux, a créé le groupe Corps Psychose Psychanalyse en 1981 et y participe depuis. A écrit de nombreux articles pour des revues spécialisées. Ses livres personnels publiés sont les suivants :

  • L'autre histoire, questions de vie et de mort – Éditions des femmes, 1986

  • Les gardiens du silence – Éditions des femmes, 1989 - traduit en hongrois et publié en 1999 dans la collection hongroise Animula

  • Les déraisons de vivre – Éditions Calmann-Lévy, 1995

  • Étrangetés radicales et folies ordinaires – Éditions Erès, 1998

  • Mais la folie demeure – Éditions du Rocher, 2005


Lydie Bozzano, psychologue clinicienne travaillant en institution psychiatrique.Anime notamment des ateliers écriture auprès de patients hospitalisés. Formatrice assurant des stages sur les médiations thérapeutiques auprès du personnel soignant.

Contact personnel : lydie.bozzano@orange.fr


Nadine Dovonou, infirmière travaillant en psychiatrie publique adulte. Pratique des enveloppements humides. Formatrice pour ce type de soin.

Jean Frécourt, ancien psychiatre du service public, psychanalyste freudien.

Anne Guérin, psychologue et formatrice. A travaillé en milieu psychiatrique adulte et dans le champ de la protection de l'enfance. Travaille actuellement dans le secteur médico-social. Utilise des médiations corporelles dans des dispositifs de soin (enveloppements, yoga). Approche transculturelle des familles migrantes.

Contact personnel : anneguerin.cpp@gmail.com


Diane de Loisy, psychologue. Travaille ou a travaillé comme salariée, en structure psychiatrique et dans le secteur de l'éducation spécialisée. Anime des groupes de formation et de réflexion sur les thérapies corporelles avec des soignants de secteurs psychiatriques.

Contact personnel : bavards.diane@gmail.com


Jean-Luc Loyer, psychologue/psychanalyste intégratif. Travaille comme Intervenant extérieur en psychiatrie adulte et pédopsychiatrie. Trésorier de l'Association depuis 2001.

Jacques Comte, thérapeute. A pratiqué des enveloppements et des médiations corporelles en psychiatrie adulte. Supervise actuellement des équipes pratiquant des enveloppements.

Catherine Mondou, artiste image fixe/animée, graphiste. Anime des ateliers de création auprès de personnes fragiles en milieux psychiatrique et médico-social. Mène des projets artistiques liés à l'image, le son et l'écrit dans ces mêmes milieux. Psychologue clinicienne en formation à Paris VII.

Contact

Tous les membres du groupe peuvent être contactés par mail à l’adresse : contact@corps-psychose-psychanalyse.fr

Sites à visiter

Voici une petite liste non exhaustive de quelques sites desquels nous nous sentons proches.


Archives

Publication récentes

Le lieu

Actes du colloque du 16 et 17 mai 2009 à l’établissement public de santé de Ville-Évrard

de Claudie Cachard, Diane de Loisy, Anne Guérin, Jean Frécourt, Catherine Mondou, Nadine Dovonou

La folie fait appel à différentes formes d'hospitalités et à celles disponibles en lieux de soins et de vie. Les soignants y déplacent aussi leurs propres existences, leurs réactions et leurs conceptions au fil de situations vécues, en quête d'ententes à découvrir et entretenir. Les pratiques et les lieux s'y aménagent, lors de circulations et de recherches spécifiques. La psychiatrie comme culture s'y découvre au quotidien.

Les orientations de ce groupe l’ont d’emblée engagé vers des parcours à découvert s’effectuant dans les divers lieux où la folie en appelle à différentes formes d'hospitalités. Des situations troublantes à vivre s’y associent aux nécessités de relations en quête d’ententes à établir. Elles inspirent des pratiques, des déplacements et des réflexions constituant ainsi un lieu quotidien de circulations et de recherches spécifiques. Les vies personnelles et professionnelles y entretiennent des relations, sources d'expérience et de développements personnels et de partages. Elles y poursuivent, entre voyages, errances et réflexions, des connaissances particulièrement ouvertes à chaque univers psychique singulier et y côtoient les réactions, les ressources de chacun et les mises en commun de leurs singuliers pluriels.Les journées proposées par Le lieu convient ainsi à découvrir, ensemble, les perspectives de leurs mises en commun.

Photographies et photogrammes de Catherine Mondou.-+
La folie fait appel à différentes formes d'hospitalités et à celles disponibles en lieux de soins et de vie. Les soignants y déplacent aussi leurs propres existences, leurs réactions et leurs conceptions au fil de situations vécues, en quête d'ententes à découvrir et entretenir. Les pratiques et les lieux s'y aménagent, lors de circulations et de recherches spécifiques. La psychiatrie comme culture s'y découvre au quotidien.++

Ville Evrard, Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2009

La place

Actes du colloque du 17 et 18 Novembre 2006 à l'hôpital Henri Laborit, Poitiers

de Claudie Cachard, Mad Joubert, Geneviève Humeau, Philippe Pierre, Annette Leibovici, Anne Guérin, Jean Frécourt, Nadine Dovonou, Jean-Pierre Chrétien-Goni, Madeleine Guetté, Michèle Guidou.

Considère la place de soignant à laquelle se tenir et celle à laquelle tenir, attentif à autrui et à aussi à soi au cours de situations et de relations éprouvantes à vivre mais contribuant à élargir les points de vue cliniques et les réflexions qui s'y associent. Les diversités des points de vue exposés et des questionnements déplacent les considérations élargies par des réactions subjectives et les effets inattendus de leurs mises en partage.

Dans le domaine du soin, nous avons coutume de parler ou d’écrire, de réfléchir, aussi, en termes de «malades» et de «professionnels», de «soignants» et de «soignés» ou encore de «patients» et de «praticiens». Lors de ce colloque, nous avons cherché à nous décaler de cette distribution binaire des places ainsi assignées aux un(e)s et aux autres, celle-ci ne reflétant pas la complexité des situations et des relations dans lesquelles nous sommes engagé(e)s. Nous avons tenté d’envisager la difficile question de «la place» à partir d’apports diversifiés d’intervenants dont les récits subjectifs témoignaient d’un geste ressenti «juste», concernant une place perçue «juste», ayant eu lieu, «juste là», en présence de l’autre et à son adresse. Ils ont ainsi évoqué comment le temps et les développements de formes d’attention particulières contribuent à de telles rencontres éphémères,non défensives, entre l’autre et soi.
Vivre des situations et des relations limites est source de vacillements d’identité et de déplacements vers des espaces psychiques où apparaissent des «entre-nous», singuliers et communs. S’interroger à leur propos incite chacun(e) à se poser la question: « Qu’est-ce que je suis là ? » et à conjuguer les témoignages et les réflexions.

Le Cercle de Craie a assuré une mise en espace théâtral accompagnant les exposés, contribuant ainsi à élargir nos questionnements. Nous présentons, ici, le déroulement de cette rencontre, les exposés des interventions et des débats suscités. Les photographies reproduites dans cette plaquette sont évocatrices du colloque. Elles ont été prises par Barbara Lefranc dont la présence et le regard, professionnel et personnel, ont accompagné ces journées.-+
Considère la place de soignant à laquelle se tenir et celle à laquelle tenir, attentif à autrui et à aussi à soi au cours de situations et de relations éprouvantes à vivre mais contribuant à élargir les points de vue cliniques et les réflexions qui s'y associent. Les diversités des points de vue exposés et des questionnements déplacent les considérations élargies par des réactions subjectives et les effets inattendus de leurs mises en partage.++

Poitiers, Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2006

La veille

Actes du colloque du 27 et 28 Septembre 2003 à Ville Evrard

de Hélène Chaigneau, Claudie Cachard, Jacques Comte, Martine Decourt, Solange Mons, Diane de Loisy, Jean Frécourt, Groupe de Recherche et de Pratique des Packs, Catherine Mondou, Anne Guérin, Catherine Defives, Nadine Dovonou, Marie-Josée Legrand

Ce colloque a fait suite à « Ouverture à l'inattendu » puis ensuite « Tenir ». Toutes ces rencontres ont été consacrées aux formes-de-vie des patients, des soignants et de leurs coexistences.
Les exposés y témoignent d'engagements pratiqués au quotidien. S'y découvrent des états de veille et de leurs « arts du soin » tels qu'ils se révèlent là où ils sont vécus.

Les évolutions en cours modifient le quotidien des moyens et besoins, des conditions et situations de vies ainsi que ceux de soins à tenir, dehors. Quels changements, quelles analogies et différences envisager, dès lors ? Les soignants de nuit témoignent d’« états de veille » où se découvrent et se conjuguent des tolérances et des libertés liées à la position subjective et la condition particulière de qui veille, se trouvant ainsi « gardien du sommeil » d’autrui, sensible à des nuances peu considérées en d’autres circonstances. Agir et penser, tout en veillant, déplace vers les « moyens des bords » et ceux de situations psychiques intermédiaires.

Là, vacillements d’identité, perméabilités des limites, évolutions des formes de présence, sont proches des constats et réflexions liés à certaines formes de soins. Notamment les enveloppements réunissent des participants sans autre attente que celle de se tenir « là où cela se passe » et se pratiquent ainsi en situation de veille. Soigner, c’est veiller seul et à plusieurs, rassemblés par des options auxquelles tenir. Des œuvres plurielles s’agencent alors, à partir des mises en commun de singularités conjuguant leurs apports et témoignages, leurs formes d’expression et de pensée, sans hiérarchisation ou jugement. De tels espaces se constituent eux-mêmes en lieux de veille. La psychiatrie est étroitement dépendante du contexte économique et sociopolitique général. Elle n'a que davantage besoin de temps et de mises en commun pour préserver et développer ses spécificités de pratique et de réflexion.
Tiraillée entre des contraintes imposées par des idéologies de modernité, différentes et souvent opposées aux évolutions et changements auxquels elle se doit de tenir, comment la psychiatrie peut-elle veiller au maintien et développement des valeurs, des estimes et des respects des engagements qui la font respectable, là où elle intervient désormais ?-+
Ce colloque a fait suite à « Ouverture à l'inattendu » puis ensuite « Tenir ». Toutes ces rencontres ont été consacrées aux formes-de-vie des patients, des soignants et de leurs coexistences.
Les exposés y témoignent d'engagements pratiqués au quotidien. S'y découvrent des états de veille et de leurs « arts du soin » tels qu'ils se révèlent là où ils sont vécus.++

Ville Evrard, Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2003

Tenir

Actes du colloque de Juin 2000 à La Chesnaie

de Claudie Cachard, Anne-Marie Haas , Jean-Jacques Martin, Hélène Chaigneau, Jean-Louis Place, Catherine Liermier, Marie-Lou Diguelou et Evelyne Gueudré, Will de Graaf, Jean-Claude Duchesne, Catherine Defives-Jeantoux, Michel Jouet, Françoise Argento, Martine Decourt, Jean-Luc Loyer, Jean-Louis Renaud.

La clinique de la Chesnaie a accueilli le groupe Corps, Psychose, Psychanalyse pendant deux journées consacrées au thème « Tenir ». Rarement abordé, celui-ci s'adresse à quiconque est engagé ou accueilli en milieu psychiatrique.

Entre soignants et patients, les contacts se cherchent et s'entretiennent de vies psychiques en rencontres. Ils évoluent entre les difficultés conscientes et inconscientes éprouvées et reconnues comme telles. « Tenir bon » n'est-ce pas, plutôt, chercher à y « tenir au mieux », pour autrui et pour soi ? Mais qui pourrait dire à quoi tiennent les choses de la vie ?

De nouvelles formes de précarité et d’exclusions s’associent à d’autres, plus anciennes et elles-mêmes en remaniement. Les changements en cours nous poussent, d’autant plus vivement, à débattre de ce dont, soignants, nous sentons et pensons être les tenants et de ce à quoi nous sentons et pensons être tenus. Comment, pourquoi « ça tient » ?

S’il nous est, jusqu’à certaines limites, possible de dire à quoi nous tenons, à quoi parfois aussi nous nous tenons, il nous est loisible de constater que nous ne tenons pas grand-chose. Souvent quand nous en venons à dire « ça tient » c’est avec étonnement et à court d’explications. « Ça tient » serait alors du registre de ce qui échappe à nos compréhensions. « Ça tient » se présenterait, hors de nos certitudes et de nos savoirs, quand, et justement là, nous avons lâché et, justement aussi, lâché une part de nos compulsions à comprendre et à expliquer. Certains    « soins » (et en particulier les soins de groupe que constituent les enveloppements) se situent eux-mêmes aux frontières, entre geste et attention, silence et parole, pratique et réflexion. Les questions qui se posent, à partir d’engagements thérapeutiques aussi atypiques rejoignent fort souvent celles du vécu quotidien, psychiatrique ou non. Les transversalités et les moyens des bords qui se développent là concernent les singularités et les communautés de sujets aux prises avec « la paradoxale pluralité d’êtres uniques ». (H. Arendt).

Photographies de Catherine Mondou.-+
La clinique de la Chesnaie a accueilli le groupe Corps, Psychose, Psychanalyse pendant deux journées consacrées au thème « Tenir ». Rarement abordé, celui-ci s'adresse à quiconque est engagé ou accueilli en milieu psychiatrique.
Entre soignants et patients, les contacts se cherchent et s'entretiennent de vies psychiques en rencontres. Ils évoluent entre les difficultés conscientes et inconscientes éprouvées et reconnues comme telles. « Tenir bon » n'est ce pas, plutôt, chercher à y « tenir au mieux », pour autrui et pour soi ? Mais qui pourrait dire à quoi tiennent les choses de la vie ?++

La Chesnaie, Association Corps, Psychose, Psychanalyse, 2000

Actualités

15
novembre 2013

Manuel pratique et poétique à l'usage des soignants et autres curieux

Actualité CPP

Paru aux éditions PUF dans la collection "Questions de soin" dirigée par Frédéric Worms.

Manuel pratique et poétique car il vient du soin et y retourne ; il le décrit avec précision et un nouveau lexique s'y propose. C'est un ouvrage collectif écrit à plusieurs voix singulières. Il évoque un parcours ouvert et en poursuite.
Il concerne patients, soignants et aussi toute personne s'intéressant à l'humain.

Six membres du groupe Corps, Psychose, Psychanalyse y ont mis en commun des textes personnels concernant un certain nombre de mots faisant partie du langage courant et utilisés entre eux pour rendre compte de situations et de relations vécues au quotidien en milieu psychiatrique ou médico-social.

Textes de Claudie Cachard, Nadine Dovonou, Jean Frécourt, Anne Guérin, Diane de Loisy, Catherine Mondou.-
Paru aux éditions PUF dans la collection "Questions de soin" dirigée par Frédéric Worms.

Manuel pratique et poétique car il vient du soin et y retourne ; il le décrit avec précision et un nouveau lexique s'y propose. C'est un ouvrage collectif écrit à plusieurs voix singulières. Il évoque un parcours ouvert et en poursuite.
Il concerne patients, soignants et aussi toute personne s'intéressant à l'humain.+